25 juillet 2006
Va, je ne te hais point...
Qu'il est difficile de tourner certaines pages...
Un deuil, c'est presque facile; la réalité met fin, de la manière forte, à tous les "mais si..." possibles. Face à la rage née de ce dialogue interrompu, des ce rire qu'on n'entendra plus, il n'y a de toutes façons rien à tenter. La seule façon de la gérer, on la connaît. C'est loin d'être drôle mais on sait qu'on doit alternativement chasser l'idée de celui ou celle qui nous manque, et parfois cultiver son souvenir. "Qu'il y a un temps pour naître, et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté (...)" (Ecclésiaste,III). Que la relation est rompue mais que peut-être -un peut-être monstrueux- on en retrouvera, un jour, la forme transfigurée.
Tout a-dieu suppose, dans son étymologie même, un au-revoir; mais que la promesse de là-bas semble vaine vue d'ici!
Est-ce qu'un au revoir vaut moins qu'un adieu? J'aime les ruptures franches et nettes; coupez-moi la tête, mais à la guillotine s'il vous plaît. Je ne veux pas sentir mon sang se vider, je refuse de donner en pâture le spectacle de ma tristesse: elle n'appartient qu'à moi. "(...) Il y a un temps pour aimer et un temps pour haïr (...)": il n'est pas dit qu'il y ait un temps pour aimer à moitié et un temps pour haïr à moitié. Ceux qui prétendent transformer l'amour en amitié ne sont que purs fanfarons, ou d'obscurs alchimistes -des usurpateurs dans tous les cas. Je ne peux être l'un, ni l'autre.
Allez ne craignez rien d'autres doigts me touchèrent
Et quand on me fait mal je ne sais pas crier
Arrachez dispersez tout ce qui me fut cher
(Aragon, comme d'hab)
Surtout ne pas se souvenir qu'il y a également "un temps pour déchirer et un temps pour recoudre"; la rupture est une mort à laquelle il manque la "matérialité atroce du cadavre" (c'est Cioran? F, HELP!). Le corps de l'autre, notre familier, continue de danser, de jouir et de se réjouir; on n'est juste plus invité à la fête.
Au tribunal des amours les juges semblent hâter leurs jugements; rien de nouveau sous le soleil...
(Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille...)
PS: Heureusement je ne suis pas la seule à qui ça arrive, quel soulagement :-)
23 juillet 2006
Proverbe de sage-femme: "L'occasion fait le lardon."
22 juillet 2006
Salad wraps
Impossible de remettre la main sur le blog qui parlait récemment des wraps (je me souviens juste que le post datait du 12 ou du 16 juin...utile!!), or ça faisait un moment que je voulais parler des salad wraps justement.
Rectif: c'était effectivement sur le blog de Cléa, à cette adresse!
Le salad wrap, c'est un concept pratique de salade-sandwiche pratique à manger sans couvert. A mes yeux, le maître incontestable du salad wrap est la chaîne Prêt-à-Manger. En tout cas certainement pas la cantoche du Crédit Suisse à Londres! Dans un premier temps, je m'étais émerveillée devant le fait qu'ils aient un stand de wraps...My God, je me suis retrouvée maintes fois avec dans mon wrap des trucs qui n'allaient absolument pas ensemble, genre oignons grillés, rôti de boeuf, raisins secs, salade, petits pois et riz. Et encore, je ne me souviens pas du pire.
Ce qui se rapproche le mieux du salad wrap dans ce qu'on connaît, c'est le chawarma. Quand il est bon, ce qui n'est pas toujours gagné d'avance en France...(je vous recommande à cet effet le merveilleux traiteur libanais de Maubert).
Grosso modo le salad wrap est une salade, comme son nom l'indique, enveloppée ("wrapped") dans du pain type galettes de fajitas, ou pain libanais. Gardons le libanais pour les wraps chauds je pense, et les fajitas pour les autres. Idéalement, il faudrait des fajitas géants (c'est ce qu'ils avaient au Crédit Suisse, avec plusieurs parfums: les verts étaient aux épinards, etc); on roule la garniture dans ces feuilles, et il y a une technique particulière pour refermer au bout. Ensuite, on coupe en biais au milieu, et on présente les deux morceaux au client.
Le must en matière de salad wrap est donc, disais-je, à mon goût, l'avocado salad wrap de Prêt; il contient de bâtonnets (attention, pas des tranches) de concombre, de gros morceaux d'avocat et de tomate, des feuilles de basilic, des pignons de pin et des graines germées (de l'alfalfa je pense). Sans doute aussi un peu de vinaigrette...
Dommage que je n'aie toujours pas retrouvé mon appareil numérique, j'en ai fait au déjeuner...
PS: (pour la minute "râleuse") je trouve hallucinant que personne n'ait eu l'idée encore de copier le concept en France. On se prend pour les champions des sandwiches mais on n'a rien trouvé depuis le jambon-beurre, à part vaguement le suédois au saumon qui commence un peu à me sortir par les yeux parce que le pain est rarement frais, et je ne vois toujours pas ce que la tomate apporte...)
20 juillet 2006
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
D'où sort cette chanson lointaine
D'une péniche mal ancrée
Ou du métro Samaritaine
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Sans chien sans canne sans pancarte
Pitié pour les désespérés
Devant qui la foule s'écarte
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
L'ancienne image de moi-même
Qui n'avait d'yeux que pour pleurer
De bouche que pour le blasphème
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Cette pitoyable apparence
Ce mendiant accaparé
Du seul souci de sa souffrance
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Fumée aujourd'hui comme alors
Celui que je fus à l'orée
Celui que je fus à l'aurore
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Semblance d'avant que je naisse
Cet enfant toujours effaré
Le fantôme de ma jeunesse
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Vingt ans l'empire des mensonges
L'espace d'un miséréré
Ce gamin qui n'était que songes
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Ce jeune homme et ses bras déserts
Ses lèvres de vent dévorées
Disant les airs qui le grisèrent
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Baladin du ciel et du coeur
Son front pur et ses goûts outrés
Dans le cri noir des remorqueurs
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Le joueur qui joua son âme
Comme une colombe égarée
Entre les tours de Notre-Dame
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Ce spectre de moi qui commence
La ville à l'aval est dorée
A l'amont se meurt la romance
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Ce pauvre petit mon pareil
Il m'a sur la Seine montré
Au loin les taches de soleil
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Mon autre au loin ma mascarade
Et dans le jour décoloré
Il m'a dit tout bas Camarade
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Mon double ignorant et crédule
Et je suis longtemps demeuré
Dans ma propre ombre qui recule
Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
Assis à l'usure des pierres
Le refrain que j'ai murmuré
Le reve qui fut ma lumière
Aveugle aveugle rencontré
Passant avec tes regards veufs
Ô mon passé désemparé
Sur le Pont Neuf
Louis Aragon, Le roman inachevé
19 juillet 2006
Loubia: barcha, barcha...
Rhaaaaaaa, nostalgie quand tu nous tiens....Il y a deux ans jour pour jour, je revenais de Tunisie le coeur (très très) gros, après avoir passé un des moments les plus riches de ma vie émotionnellement parlant...
Je viens d'avoir longuement au téléphone le coupable de ce déchaînement de sentiments et je me souviens.
De mon baptême de plongée qui a été comme une révélation, une longue danse incroyablement sensuelle sur le sable, à côté d'une épave, au milieu des dorades un peu voyeuses...
Des longs déjeuners que nous prenions dans une ombre brûlante et où nous partagions de la loubia, du djej, en sauçant notre harissa avec un pain sans intérêt comme dans ces pays-là, baignant dans l'huile d'olive, et avec le sentiment que notre bonheur était une citadelle imprenable.
Elle l'était, seulement la vie nous oblige toujours, un jour ou l'autre, à sortir de ces citadelles où le nid était pourtant bien douillet. Elle existe encore quelque part, bien sensible dans les rires confiants que nous retrouvons dès que nous entendons la voix l'un de l'autre; la mémoire de ce bonheur si simple et si profondément complet est demeurée bien ancrée en nous.
A mon retour, j'ai bien tenté de refaire de la loubia, pour fermer les yeux en la mangeant et me souvenir; mais il lui manquait toujours le goût de là-bas, cette odeur si typique mélangée aux autres; et bien sûr, les mouches, si insupportablement omniprésentes là-bas.
Je suis en déplacement professionnel et je n'ai bien entendu pas l'opportunité, ce soir, de faire de nouvel essai de loubia, même si j'ai longuement hésité à prendre un paquet de haricots lingots aujourd'hui. Loubia signifie haricot ndlr, là-bas ils appellent un chat un chat; un plat à base de haricot est un haricot :-)
Donc je ne peux que vous renvoyer vers la recette de loubia b'sel wa tomatich de Nawal, qui est celle qui semble se rapprocher le mieux des indications qu'on m'avait données à l'époque :-)
Rien de spécialement raffiné dans la loubia, c'est tout simplement un plat très agréable.....
NB: Ajoutez quand même un peu de kamoun, et de l'ail! Idéalement, écrasez au mortier de l'ail et du cumin, et ajouter cette purée dans la loubia 5mn avant la fin de la cuisson.
Abats de poisson et autres mets raffinés
http://www.yeunet.com/conserveriehennequin/page2.php?T=8
thon fumé, poutargue
marlin fumé: http://www.maisonlucas.net/catalog/product_info.php?cPath=52&products_id=71
Boutargue/poutargue http://www.maisonlucas.net/catalog/product_info.php?cPath=46&products_id=78
Thon fumé maison Lucas: http://www.maisonlucas.net/catalog/product_info.php?products_id=69
Les bonnes adresses de Laure
Attendu que (rhaaaaaa celui-là devrait faire sourire au moins une personne -qui va à la piscine ce soir et qui se reconnaîtra!) je ne remplis que très irrégulièrement cette rubrique, j'ai décidé de la sous-traiter le reste du temps à quelqu'un de confiance: Laure :-)
Voici l'adresse des bonnes adresses de Laure (oui c'est fait exprès!) pour compléter les miennes ;-)
Elle n'a pas encore testé les Vins des Pyrénées (où je suis allée 4 fois en 3 mois...) apparemment donc JE fais les notes redondantes, elle fait les autres ;-)
(déléguer est un art, c'est évident!)
...et mes lèvres à l'air donnent des baisers troués
[...]
Ô mon amour ô mon amour toi seule existe
À cette heure pour moi du crépuscule triste
Où je perds à la fois le fil demon poème
Et celui de ma vie et la joie et la voix
Parce que j'ai voulu te redire Je t'aime
Et que ce mot fait mal quand il est dit sans toi
Aragon, Le Crève-Coeur
Swing is back?
Je ne sais pas si ça ne touche que moi...je n'ai quasiment envie de n'écouter que du swing, ces temps-ci...
Je ne dois pourtant pas être victime d'un quelconque battage médiatique, je n'écoute jamais la radio, je ne regarde pas la télé, et pourtant...j'ai comme le sentiment que le swing revient, ou VA reviendre...
J'écoute en boucle ces temps-ci, à vous de continuer la démarche si ça vous plaît (et surtout donnez-moi vos super références!): le superbe "Bei mir bist Du schön" chanté par Janis Siegel, et le très classique "Wang Wang Blues" de Benny Goodman...
14 juillet 2006
Substitut de cornichon
Je pense que pas mal de gens doivent connaître...mais les autres ratent réellement quelque chose, à mon sens.
Il existe une alternative aux cornichons (si si!) absolument délicieuse, mais malheureusement relativement difficile à trouver: la salicorne (ou criste-marine, haricot de mer, perce-pierre, corne salée, cornichon de mer).
(Pause: je relis mon titre et je me dis que ça peut être une super insulte, j'en ris toute seule)
Bon, suite à mon petit déjeuner du jour qui avait pour thème la protection des droits d'auteur (un sujet réellement passionnant, un blog doit être créé à ce sujet bientôt, dont je vous donnerai l'adresse dès que je l'aurai), j'ai choisi une des rares photos qui semble libre de droits:
La salicorne est donc une plante qui pousse près des marais salants, et que l'on n'a, malgré de nombreux essais, jamais réussi à cultiver; on peut la consommer comme légume (haricot de mer) ou comme condiment lorsqu'elle est conditionnée dans du vinaigre. Au niveau de la consistance, elle est à la fois ferme et grasse, croquante et moëlleuse, extrêmement agréable en salade ou dans une omelette.
Si ça vous intéresse, allez voir cette page perso extrêmement instructive sur la salicorne (je le recapépète pour ceux du fond, c'est un régal).


